18 mars 2008

A l’ordre du jour d’Accra

Les turbulences économiques et financières des derniers mois ont jeté un éclairage nouveau sur la signification des termes «mondialisation » et «interdépendance».

Les inquiétudes concernant les incidences à court et long terme de la crise vont bien au-delà des marchés boursiers et prennent une dimension planétaire. La crise actuelle est révélatrice dela nécessité d’une surveillance et d’une intermédiation multilatérales dans les domaines du commerce et du financement, étant donnéleur étroite imbrication. Autrement dit, la stabilité et la sécurité de la planète exigent uneaction à l’échelle mondiale.

Mr. Supachai Panitchpakdi, Secrétaire Général, CNUCED - P.Virot, WIBH
Mr. Supachai Panitchpakdi, Secrétaire Général, CNUCED - P.Virot, WIBH
Cela fait plus de quarante ans que la CNUCED se préoccupe de ces problèmes en s’employant à promouvoir le développementà travers le commerce et l’investissement.Mais comme la crise actuelle le montre, il fautdésormais faire face à de nouvelles réalités.Le monde s’est profondément transformé- économiquement, socialement, politiquement,et même physiquement du faitdes changements climatiques. Beaucoup deprogrès ont été faits. Ainsi, quelques paysen développement ont considérablement profité de la récente envolée du prix des produits de base. Nombre d’entre eux sont désormais exportateurs nets de capitaux. Le commerce et l’investissement Sud-Sud ont virtuellement explosé, transformant la nature des relations économiques internationales. La nouvelle vague de mondialisation a abouti à une meilleure répartition des bénéfices: dans les pays en développement, le Produit intérieur brut (PIB) par habitant a globalement augmenté, passant de 812 dollars en 1980 à 1 621 dollars en 2006. La pauvreté a sensiblement reculé, en particulier en Asie, mais aussi en Afrique où la croissance du PIB moyen - Nigéria et Afrique du Sud exceptés - a été estimée à 7 % l’an dernier. Il y a donc des raisons d’espérer que les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) seront, pour certains, atteints d’ici à 2015.

Il faut cependant se garder de tout excès d’optimisme. Bien que l’évolution des pays du Sud présente de nombreux aspects positifs, l’augmentation du pouvoir d’achat et la demande croissante de leurs produits d’exportation dans le reste du monde risquent de ne pas suffire pour atténuer les méfaits d’une éventuelle récession mondiale. En elle-même, la croissance économique n’a pas entraîné une réduction de la pauvreté ou une répartition plus équitable du revenu. De nombreuses régions d’Afrique restent confrontées à une pauvreté grandissante ou connaissent une croissance non créatrice d’emplois. Le continent, dans son ensemble, a compté pour à peine 2,7 % des exportations mondiales en 2006, pourcentage nettement en retrait par rapport au niveau de 1980. En Afrique et ailleurs, les nuages s’accumulent au-dessus de la récente expansion économique, notamment avec l’aggravation des déséquilibres des comptes courants au niveau mondial, dont les turbulences d’aujourd’hui ne sont que le dernier exemple en date. La récente dynamique de croissance marque peut-être déjà le pas, ce qui aura des incidences néfastes dans les pays en développement les plus pauvres. Les problèmes chroniques que connaissent les pays en développement depuis plusieurs décennies prennent aujourd’hui de nouvelles formes et une ampleur alarmante.

© ILO / M. Crozet
C’est le contexte dans lequel se tiendra la douzième session de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement, session qui marque le retour en Afrique - continent emblématique de la mondialisation dans ce qu’elle a de meilleur et dans ce qu’elle a de pire - douze ans après Midrand. Face à une interdépendance toujours plus profonde, le mandat de la CNUCED est plus pertinent que jamais. Il y a de toute évidence des enseignements à tirer de la mondialisation dans tous ses aspects. Il faut également d’urgence apporter des solutions aux problèmes qui persistent et aux nouvelles préoccupations, dont l’impact de certains aspects de la libéralisation du commerce, la dépendance à l’égard des produits de base, la fracture technologique, le manque d’infrastructures et de capacités productives, la sécurité énergétique et les migrations. Nous avons l’espoir qu’à sa douzième session, la Conférence étudiera les conséquences de ces nouvelles réalités pour le commerce et le développement, en s’efforçant de relever les défis et de tirer le meilleur parti des possibilités offertes par la mondialisation.

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