Genève
, 2 avril 2008
— Utiliser le commerce pour réduire la pauvreté dans le monde en développement impose d’améliorer durablement la situation des femmes en matière d’emploi, de salaires, de création d’entreprises et d’accès au financement de l’activité commerciale, d’après trois études commanditées par la CNUCED.
Ces études contribueront aux débats de la douzième session de la Conférence sur le commerce et le développement, la CNUCED XII, qui se tiendra du 20 au 25 avril à Accra, au Ghana. Une table ronde organisée le 22 avril sera consacrée au thème: "Mondialisation, développement et réduction de la pauvreté: dimensions sociales et incidences sur les questions de parité". Les trois études devraient également aider les pays en développement à concevoir et à appliquer leurs politiques commerciales nationales et encourager les efforts de solidarité internationale visant à renforcer la contribution du commerce à l’émancipation des femmes.
Le thème principal de la CNUCED XII - "Perspectives et enjeux de la mondialisation pour le développement" − illustre le souci de voir la croissance économique mondiale profiter à tous, ce qui n’est actuellement pas le cas. Les travaux de recherche montrent les liens étroits qui existent entre les droits des femmes, le bien-être et la réduction de la pauvreté ainsi que la hausse du niveau de vie des ménages, y compris grâce au commerce.
Mainstreaming gender into trade and development strategies: The case of East Africa, étude réalisée par Jacqueline Maleko, conclut que, malgré quelques aspects positifs dus aux programmes d’ajustement structurel et à la libéralisation du commerce au Kenya, en Ouganda et en République-Unie de Tanzanie, la pauvreté reste largement répandue dans la région et touche plus particulièrement les femmes. Pour tenter de remédier à cette situation, l'auteur préconise de faciliter l'accès des femmes au crédit, ainsi qu'une série d'autres mesures susceptibles de créer un environnement économique et commercial qui leur soit plus favorable. Elle recommande aussi aux gouvernements d'intégrer des «initiatives en matière de parité qui visent à combler les lacunes existantes» dans leurs politiques économiques et commerciales.
Dans Mainstreaming gender into trade and development strategies in Africa, Sylvia Maria Booth constate que les contraintes qui pèsent sur les femmes africaines, telles que le manque d’accès au financement et à d’autres ressources, font qu’elles n’ont pas autant de possibilités que les hommes de tirer parti de l’actuelle expansion du commerce international. Pour créer une situation doublement gagnante, pour les femmes et pour les pays africains − "forte croissance, faible inégalité entre hommes et femmes" − il faut donner la possibilité aux femmes de participer sur un pied d’égalité à tous les niveaux de décision: Les gouvernements devraient afficher leur détermination en appliquant des principes de parité hommes-femmes dans leur économie et dans leur régime commercial.
Dans Impact of trade and globalization on gender in India, K. P. Sunny et Arundhati Chattopadhyay examinent la situation du commerce et des questions de parité à la suite des réformes économiques, de la libéralisation et de la croissance économique rapide de ces dernières années observée en Inde. L'analyse a été centrée sur dix secteurs économiques avec des taux relativement élevés de main-d’œuvre féminine : plantations de thé, de café et de caoutchouc, transformation des noix de cajou, horticulture, produits laitiers et transformation de chili, textiles et habillement, artisanat, pêcherie et autres activités économiques se rapportant aux produits de la mer.
L’emploi et les salaires des femmes ont augmenté dans les secteurs à vocation exportatrice qui ont enregistré des taux élevés de croissance. On a observé une amélioration du pouvoir de décision et de la situation économique des femmes dans ces secteurs. À l’inverse, les femmes ont été tout particulièrement touchées par les réductions d’emploi dans les industries exportatrices en déclin. La croissance liée au commerce a également entraîné un accroissement de l’emploi informel, avec un pourcentage élevé de femmes. Elles sont les premières à être licenciées lorsque la demande diminue. Elles sont mal payées et travaillent dans des conditions médiocres. Bien que les revenus se soient améliorés là où le commerce et la mondialisation avaient eu des incidences positives sur le marché indien du travail, l’étude montre que le salaire des hommes est souvent supérieur à celui des femmes. Une amélioration de la situation passe par une répartition plus équitable des responsabilités au sein des ménages, l’égalité de salaire à travail égal ou un meilleur équilibre entre hommes et femmes dans différents emplois.
Afin de mieux diffuser les conclusions de l'étude et de sensibiliser le grand public, la CNUCED a réalisé quatre documentaires : "Karmayoginii: les travailleuses indiennes à l’ère de la mondialisation"; "Karmayogini: fils de soie et d’or"; "Karmayogini: village de métiers à tisser"; et "Karmayogini: l’or de la mer".
L’étude indienne a été présentée à une conférence internationale sur une meilleure prise en compte des questions de parité dans la politique commerciale, organisée à New Delhi du 25 au 27 février. Elle a été réalisée dans le cadre d’un projet sur les stratégies et la préparation au commerce et à la mondialisation en Inde exécuté par la CNUCED, le Ministère indien du commerce et de l’industrie et le Département britannique pour le développement international (DFID).
Les deux études africaines ont été réalisées pour la CNUCED sous le parrainage commun du Programme conjoint intégré d’assistance technique en faveur des pays africains (JITAP) et du Programme régional sur le renforcement des capacités pour le commerce en Afrique subsaharienne financé par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).
- Mot hindi désignant une personne âpre au travail.