Accra
, 25 avril 2008
— Sur fond d’envolée des prix des produits alimentaires et d’incertitudes économiques mondiales, la CNUCED XII, qui s’est déroulée sur une semaine, s’est achevée vendredi par l’adoption de conclusions détaillées, qui ont pour finalité d’intensifier les efforts internationaux destinés à étendre les bienfaits de la mondialisation aux millions d’individus qui n’y ont actuellement pas accès.
Supachai Panitchpakdi, Secrétaire général de la CNUCED, s’est félicité de l’Accord d’Accra et de la déclaration qui l’accompagne. Il a affirmé que ces deux documents représentaient l’engagement commun du monde développé et en développement « à œuvrer pour faire de la mondialisation un puissant outil d’éradication de la pauvreté ». Citant le Président du Ghana, John Kofi Agyekum Kufuor, dont le pays a accueilli la conférence, M. Supachai a évoqué un nouvel état d’esprit, la « solidarité pour le développement », autour de l’objectif qui consiste à amenuiser les écarts entre les pays et à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement, notamment la réduction de moitié de l’extrême pauvreté d’ici 2015.
S’exprimant à la fin de la douzième session de cette conférence ministérielle, M. Supachai s’est aussi prononcé pour un renforcement des activités de la CNUCED consacrées aux produits de base, en particulier à l’agriculture, face à la crise provoquée par la forte hausse des prix des denrées alimentaires essentielles. Et de souligner que la CNUCED a un rôle fondamental à jouer en soutenant les mesures qui encouragent l’agriculture dans les économies en développement : accroissement de l’aide, de l’investissement et du transfert de technologie... La CNUCED peut aussi mettre en évidence les distorsions du marché et appuyer les stratégies qui améliorent les revenus des petits producteurs. Ces activités s’inscrivent dans un effort mené à l’échelle des Nations Unies pour gérer les aspects à court, moyen et long terme de la crise alimentaire, a précisé M. Supachai.
L’Accord et la Déclaration d’Accra ont été adoptés par les 193 États membres de la CNUCED et sont le fruit d’un consensus tenant compte des points de vue des pays en développement et développés, qui se réunissent tous les quatre ans au niveau ministériel. Les conclusions de la conférence portent sur les problèmes les plus urgents ayant trait à l’économie, au commerce et au développement, et définissent le programme de travail de la CNUCED pour les quatre années suivantes. Elles soulignent les défis que nombre de pays en développement doivent relever pour bien s’intégrer au système économique et financier international. De plus, elles établissent un plan détaillé qui vise à faire avancer le développement socioéconomique dans divers domaines : produits de base, commerce, endettement, investissement, nouvelles technologies...
Tout en saluant les vigoureux taux de croissance économique que beaucoup de pays en développement affichent aujourd’hui grâce aux échanges et investissements mondiaux, la CNUCED XII déplore que ces progrès ne profitent pas à tous et qu’ils s’accompagnent de difficultés nouvelles. Les plus flagrantes sont la crise alimentaire et celle des marchés financiers, ainsi que le creusement des inégalités de revenus.
En outre, la conférence appelle à renforcer le rôle de la CNUCED, notamment via les activités concernant les composantes commerce et développement de thèmes clés tels que le changement climatique, la sécurité énergétique et les migrations internationales. Se faisant l’écho des préoccupations que suscitent l’envolée des prix des produits alimentaires en termes de risques pour le développement, surtout pour les plus pauvres, la conférence demande à Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations Unies, d’étoffer les activités de la CNUCED relatives aux produits de base et de les placer sous la responsabilité directe de M. Supachai.
Plus tôt dans la semaine, M. Ban Ki-moon a annoncé la création, à l’échelle du système des Nations Unies, d’une task force sur la crise alimentaire. L’aide d’urgence est une priorité pour les agences des Nations Unies, notamment pour le Programme alimentaire mondial et l’UNICEF. La contribution de la CNUCED prendra essentiellement la forme d’un dispositif à moyen et long terme, qui vise à éviter le retour de ces crises en encourageant les pays en développement à pratiquer l’agriculture et en leur redonnant les moyens de desservir leurs propres marchés ainsi que les marchés internationaux.
L’Accord d’Accra a souligné qu’il était urgent de répondre aux besoins des pays les moins avancés, dont beaucoup sont situés sur le continent africain, qui accueille la CNUCED XII : la récente reprise économique n’a pas permis un redressement suffisant dans près de la moitié des pays (d’Afrique), même si ceux-ci s’efforcent de relever les défis de la mondialisation. Leur croissance n’a pas progressé sur la période 2000-2006 par rapport à 1995-2000, du moins pas de plus de 3 %.
C’est pourquoi la CNUCED XII insiste sur l’importance de la diversification économique, pour que les pays ne dépendent plus d’un ou de deux produits de base, sur le renforcement des capacités, pour que la production soit variée, sur l’accès aux services de base et sur la consolidation des institutions et du cadre juridique et réglementaire. L’Accord préconise également d’adapter les stratégies aux besoins des différents pays, dans le respect du droit international, affirmant qu’il n’existe pas de modèle unique précis pour améliorer la gouvernance et les institutions porteuses de croissance.
Parallèlement, la conférence a mis en avant le potentiel considérable issu de l’expansion du commerce et de l’investissement dans le monde en développement, grâce à l’émergence d’économies dynamiques comme la Chine, l’Inde et le Brésil. Elle a appelé à favoriser et intensifier ces relations, en particulier via l’intégration régionale et l’abaissement des barrières aux échanges Sud-Sud. Il faut notamment remédier à des problèmes pratiques, tels que le financement des exportations et l’infrastructure de transport, traditionnellement plus axés sur le commerce Nord-Sud.
Alors que l’activité économique se tasse dans les pays développés, la CNUCED XII a témoigné du rôle de plus en plus important que le monde en développement peut jouer pour la stabilité économique mondiale.
Outre les négociations portant sur le texte final de l’Accord d’Accra, la CNUCED XII a accueilli une multitude de tables rondes très animées, d’événements culturels et de participants : chefs d’État et de gouvernement, ONG et artistes africains.
L’un des temps forts a été le Forum mondial sur l’investissement, durant lequel pouvoirs publics, chefs d’entreprise et experts internationaux ont réfléchi à l’impact de l’investissement direct étranger sur le développement économique et la lutte contre la pauvreté. Ces participants ont fait preuve d’un optimisme prudent quant aux perspectives à court terme de l’investissement international et à la contribution de ces flux au développement.
Autres événements, la remise du premier Prix de la femme chef d’entreprise, dans le cadre d’un vaste effort destiné à valoriser le rôle joué par les femmes dans le développement économique, et le lancement d’un rapport multi-agences sur l’économie créative, qui permet aux pays en développement de mettre à profit des ressources jusqu’alors inexploitées. Un festival, « l’Afrique créative », a présenté les talents culturels et artistiques du continent.