Genève
, 2 avril 2008
— La menace qu’une détérioration de la situation économique des pays industrialisés fait peser sur les pays en développement sera au cœur des discussions de la douzième session de la Conférence sur le commerce et le développement (CNUCED XII), organisée à Accra au Ghana du 20 au 25 avril. Elle se tiendra dans un climat d’incertitude grandissante face aux perspectives de l’économie mondiale, les turbulences financières actuelles entraînant un ralentissement de la croissance dans les pays développés.
Les participants à la CNUCED XII, dont le thème est "perspectives et enjeux de la mondialisation pour le développement", vont examiner l’impact de la crise financière et économique sur les pays en développement. Étant donné la récession se profilant aux États-Unis et le recul de la croissance enregistré en Europe, les perspectives économiques internationales dépendent de plus en plus de la capacité des pays en développement à continuer d’afficher des taux de croissance robustes. Les efforts devraient viser à maintenir le dynamisme de puissances économiques naissantes comme la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud.
Pour les économistes de la CNUCED, les difficultés que rencontre actuellement l’économie mondiale montrent combien il est urgent d’améliorer la coordination des politiques macroéconomiques entre les grandes puissances économiques et d’adopter de meilleures règles et réglementations en matière de financement international.
Pour le moment, la tourmente financière provoquée par la crise des prêts hypothécaires à risque aux États-Unis, qui touche maintenant les pays européens, n’a eu qu’un impact limité sur les secteurs financiers des pays en développement. Essentiellement parce que leurs banques et leurs marchés n’ont pas autant été exposés à des transactions financières risquées que ceux des pays développés.
Le principal danger qui guette les pays en développement vient plutôt des conséquences économiques plus larges que la crise financière pourrait avoir. Une déprime économique aux États-Unis et dans d’autres pays industrialisés, surtout si elle perdure, ferait chuter la demande pour des exportations qui ont joué un rôle crucial dans la forte croissance des pays en développement. Qui plus est, si les remous se poursuivent sur les marchés financiers, l’aversion pour le risque pourrait s’intensifier, entraînant ainsi une hausse du coût des mouvements de capitaux avec l’extérieur. L’instabilité pourrait aussi affecter les marchés des produits de base, qui viennent de connaître une montée en flèche des prix et de l’activité commerciale.
Une récession aux États-Unis se propagerait à d’autres régions du globe, surtout en raison des liens commerciaux qui existent actuellement. Les importations américaines représentent 15 % du total des échanges internationaux. Quelque 44 % d’entre elles provienne d’autres pays développés et plus de 50 %, de pays en développement. Ce sont les pays dont les exportations sont en grande partie destinées au marché américain, en particulier les autres membres de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et d’autres pays d’Amérique latine et des Caraïbes, qui seraient le plus directement touchés par une telle récession.
Selon le secrétariat de la CNUCED, une croissance zéro aux États-Unis qui ne serait pas compensée, du moins en partie, par une stimulation de la demande en Europe occidentale et au Japon engendrerait une baisse de la croissance de 2 à 2,5 % dans les pays en développement.
Un tel scénario milite encore davantage en faveur d’une coordination des politiques macroéconomiques entre les principales puissances économiques mondiales. Une coordination qui fait défaut depuis quelques années. Les États-Unis peuvent réduire les risques d’une entrée en récession brutale de l’économie mondiale en adoptant des politiques macroéconomiques d’expansion. La chute abrupte du dollar provoquée par de telles politiques pourrait toutefois freiner la croissance économique dans les pays exportant vers les États-Unis. Une meilleure coordination à l’échelon international devrait contribuer à atténuer l’impact d’un dollar plus faible et à réduire progressivement les déséquilibres mondiaux. Les pays qui enregistrent un excédent de la balance courante, comme le Japon, la Chine et l’Allemagne, peuvent conjuguer leurs efforts à ceux des États-Unis en stimulant les dépenses intérieures et la croissance des importations. Les dirigeants de la zone euro doivent quant à eux baisser les taux d’intérêt. Au Japon, où il n’est plus guère possible d’appliquer une politique monétaire d’expansion, les autorités devront peut-être intervenir pour sortir le pays de la spirale déflationniste dans laquelle il s’est engagé.
De forts taux de croissance et l’augmentation des échanges entre pays en développement ont permis à ceux-ci de mieux résister à la tourmente financière et économique que ce ne fut le cas il y a dix ans. Ils devront donc surtout tenter de maintenir la demande intérieure aussi élevée que possible et s’orienter de plus en plus vers une intégration régionale. En outre, les excédents importants, accumulés par les gouvernements et les organismes nationaux des pays en développement, peuvent contribuer à favoriser la stabilité financière. Ainsi, les fonds souverains de ces pays ont aidé quelques grandes banques européennes et américaines à reconstituer leurs fonds propres. Ils peuvent répondre à certains besoins en matière de financement extérieur à long terme d’autres pays en développement.
À plus longue échéance, les questions économiques et financières devraient faire l’objet d’une meilleure surveillance globale. En 2002, le Consensus de Monterreyi adopté par les chefs d’État et de gouvernement soulignait qu’il était "urgent d’améliorer la gouvernance et la cohérence des systèmes monétaires, financiers et commerciaux internationaux", notamment en procédant à une réforme de "l’architecture financière internationale". Le Consensus exhortait aussi les institutions financières internationales à accorder un rang de priorité élevé à la prévention des crises potentielles et à l’amélioration de la surveillance de toutes les économies.
On a toutefois enregistré peu de progrès, voire pas du tout, dans les années qui ont suivi cette déclaration. Au contraire. L’intégration des marchés financiers a en effet augmenté de façon significative sans que la gouvernance économique mondiale soit renforcée dans la même proportion. Autre constat : le manque de cohérence entre le système commercial international, qui est régi par un ensemble de règles et de réglementations, et le système monétaire et financier international, qui lui ne l’est pas.
- Consensus adopté à la Conférence internationale des Nations Unies sur le financement du développement, tenue à Monterrey (Mexique) du 18 au 22 mars 2002.